Un problème, celui d'une appartenance. Je ne sais pas qui je suis ni où je suis. Peut être ne suis-je plus... La désagréable sensation de ne pas comprendre ce qui m'arrive. Etre éloigné de cette réalité, difficile à expliquer. Je suis loin de toute cette douceur, de tout réconfort, de ces sensations passées qui faisaient de moi cet être innocent. Perdue au milieu de vous, de ces voix incompréhensibles, je me perds, je désespère.... Je me perds je suis seule, rien de ce que je dis n'est cohérent. Même ces sensations sont incohérentes. Mais je vis, loin de toute cette douceur, loin de cette netteté passée. Est-il possible de ne pas vivre dans son corps ? J'ai cette impression, une obsession, je suis là, présente, mais pas entière. Je vis, à quelques centimètres de mon corps. Mon esprit n'appartient pas complètement à ce qui me sert d'enveloppe, de corps. Peut être est ce du à un dédain de cette enveloppe ? Un rejet inavoué ? Le besoin de me sentir vivante m'aura t il poussée à commettre ces actes rougeoyants ? Pour retrouver l'association parfaite entre ce moi physique et psychique. Association perdue. Je ne me sens pas moi, je suis autre, je ne sais pas qui je suis mais je ne suis plus moi. J'ai finis par devenir une chose, non, deux choses. Ces deux choses sont si différentes, c'est inexplicable. Peut être avez-vous déjà ressenti cela, un décalage entre vos deux personnes. Une possibilité de dissociation de la personne existe-t-elle ? Je flotte, je continue de flotter, je ne vois pas net, je ne fixe plus les objets, je les effleure de mes pensées. C'est si intense comme sensation et si fugace. Fugace mais constant, continuel. Comme si j'étais sous l'emprise de stupéfiants ou de toute autre substance chimique ou naturelle causant des effets multiples sur les cellules nerveuses. Mon esprit bouillonne, mes pensées se brouillent, se mélangent. Je peux faire deux à trois choses en même temps, écouter une musique, parler d'un sujet, penser à un projet, agir de mes mains, prendre conscience de ma situation et implorer pour qu'on me laisse finir de penser... Je me transforme, je deviens un objet pensant, une machine, mes membres se métamorphosent, la mécanique prendrait-elle place dans cette enveloppe encore trop organique ? Non, tout ce que je ressens, vois, sens ou suis n'est que réalité. Trop souvent oublié mais aussi trop souvent pensé. Je ne suis pas vivante. Je peux imaginer de si belles choses pourtant... Etre consciente d'une immense pureté comme être capable de voir une image se brouiller, se couvrir de noir, de couleurs rappelant le sang et la rouille... La dégradation d'une image emplie de pureté, si belle à contempler ... Une sensation encore une autre, impossible à décrire, mais je peux ressentir cette dégradation, dans ses moindres détails. Je sens chaque trait qui s'imprime dans cette image. Je sens se former cette rouille. Ces couleurs recouvrent mon intérieur, mon esprit et toutes mes pensées.... Je suis cette image, mais aussi ces couleurs sombres. Je suis sa créatrice mais aussi la victime de cette dégradation. A l'inverse je peux ressentir une pureté si grande, allant au-delà de toutes mes espérances... Une pureté, brouillée, nuageuse, brumeuse. Je nage dans de la fumée, tout est cotonneux autour de moi... Je me sens bien, mais je me perds dans cette immensité de plénitude... Mon dieu, retenez moi... Mais quel dieu ? Aucune croyance possible on me damnerait pour avoir ces pensées. Et si cette confusion m'était propre ? Et si il n'était pas possible de me ramener dans cette réalité , dans le monde commun ? et si je devais rester coincée dans un monde empli de peurs et de désespoirs ? Je continuerai de vivre... Vivre au délà de mes sensations, jusqu'à les décupler pour que je ne puisse plus les contrôler et continuer de me perdre dans ces étranges moments de confusions... Moments passagers, sentiments transitoires pour l'instant... Mais si je me perdais ? Que deviendrais-je ? Je me perdrai, vous ne pourrez pas me retenir. Une main, un soutient moral, une oreille attentive ne pourrait pas comprendre toutes ces expressions. Il faudrait le vivre.
Une fois, voulez vous planer ?